samedi 30 juillet 2011

La morve.

Il y a quelque chose de réconfortant dans la morve.  Un espèce de retour en-arrière essentiel à la conservation de la race humaine, un peu à l'image d'une rétrospective nécessaire pour s'assurer de maintenir le cap sur sa vocation première.  À moins, bien entendu, d'être convaincu d'avoir trouvé un remède définitif aux écoulements nasaux, ce qui pourrait justifier le ton condescendant avec lequel on regarde quiconque qui est affligé d'une désolante condition de morviat envahissant.

Enfin, donc, oui, réconfortant.  Un peu comme un enfant avec une doudou.  Quand on morve, on s'isole sur soi-même.  On est dans une espèce de transe.  Seul au monde.  De toute façon, personne n'oserait s'approcher d'un geyser de mucus, surtout lorsque ce dernier est nécessairement accompagné de relents mentholés causés par un sirop quelconque, à défaut de tout simplement réprimer l'air ambiant d'une bonne dose de microbes odorants. 

Personne ne peut se targuer d'être en plein contrôle de la situation - quelle que cette dernière soit - en ayant la morve au nez.  Vous ne verrez jamais une personnalité politique faire d'annonce pouvant potentiellement marquer sa carrière en reniflant aux cinq secondes.  Ni un PDG d'entreprise faire fi de l'évacuation nasale lors des éternuements merveilleusement synchronisés avec l'énonciation des bullet points du dévoilement d'un important plan de développement d'une industrie en plein essor.  Enfin, vous comprenez le principe.

Le problème avec la morve, c'est lorsqu'elle commence à faire durcir les parois nasales, causant par le fait-même une certaine irritation, ce qui fait voir au porteur du virus tout mouchoir comme une arme de destruction massive, surtout quand le niveau de développement de ladite irritation atteint le point de "Kleenex-qui-reste-collé".  Ça, et le sentiment de brûlement résultant normalement d'un mouchage excessif, qui nous donne l'envie irrésistible de sniffer de l'eau, question de rétablir le ph de la flore nasale. 

C'est d'autant plus agaçant de pogner un rhume en plein été.  Un peu comme si le corps nous envoyait chier, en nous faisant remarquer nos efforts en vain de se badigeonner de crème solaire et de porter chapeau/casquette en tout temps, en plus de se réhydrater constamment, afin de s'assurer de maintenir un niveau de santé acceptable, parce que nous n'avons ni attrapé de coup de soleil, ni souffert de déshydratation.  Non, hostie, on a pogné la grippe.  En plein mois de juillet. 

Le problème fondamental réside donc dans les conséquences à moyen terme - disons celles s'éternisant au-delà de deux jours - puisqu'elles viennent gâcher l'allégresse du repli sur soi, de la position fœtale en se mouchant aux deux minutes, isolés de tout et de tous, en faisant le point sur sa vie.  Bref, quand ce mal nécessaire vire au cauchemar, nous rend à fleur de peau, et nous donne envie d'éternuer sur tout ce qui bouge, afin de les faire souffrir, eux aussi, ces Êtres en mouvement.  

J'en suis rendu là.  Ne vous approchez pas de moi.